Prix Verhulst 2013 – Le lauréat est…

Le prix Pierre-François Verhulst a été attribué le 27 mars 2014 conjointement par la Société démographique francophone de Belgique (SDFB) et la Vereniging voor demografie (VVD). La cérémonie a eu lieu à Bruxelles, au siège de la Fondation universitaire.

Le prix P.-F. Verhulst (en souvenir du statisticien démographe belge qui, en 1838, énonça le principe de croissance logistique, c’est-à-dire freinée, de la population) a une périodicité biennale et couronne un mémoire de master présenté dans une institution belge d’enseignement supérieur, sur un sujet se rapportant à l’étude scientifique des populations.

Pour la session 2013, deux auteurs étaient nominés et entraient en lice pour l’attribution du prix : Koen Van der Bracht (Université de Gand) et Tine Kil (Université d’Anvers). Ces deux sociologues ont impressionné le jury par la valeur, l’originalité et la robustesse de leurs travaux. Koen Van der Bracht s’est attaché à saisir les déterminants du phénomène d’homonégativité parmi la première et la deuxième génération de migrants en Europe, ainsi qu’à relever les différences de comportement enregistrées dans les deux cohortes observées, tandis que Tine Kil a examiné avec un grand luxe de détails les motifs engendrant des inégalités entre hommes et femmes dans le partage des tâches du ménage au sein de 24 pays d’Europe (Russie incluse).

Après délibération, le jury, tout en soulignant les mérites des deux candidats, a proclamé Tine Kil lauréate du prix Verhulst 2013. S’appuyant sur une vérification empirique multiniveau, combinant micro et macro variables, Tine Kil a passé au crible la pertinence des théories actuelles en relation avec l’inégalité due au genre (masculin ou féminin) dans l’accomplissement des tâches quotidiennes du ménage ou des couples, de telle sorte que le lecteur est tenu en haleine depuis l’introduction jusqu’à la conclusion de ce mémoire. Fondé sur une approche nouvelle, la démarche identifie explicitement à l’aune de procédés statistiques les facteurs responsables (âge, temps de travail, système fiscal, nombre d’enfants congé parental, idéologie, culture etc.) de l’inégale répartition des tâches dans les ménages européens, qui peuvent varier au cours du cycle de vie des individus, sans esquiver les problèmes méthodologiques que soulève le recours à des données en coupe instantanée ou recueillies par voie d’enquête. Tine Kil a entamé au cours de cette année académique une thèse de doctorat à l’Université d’Anvers sous la direction du professeur Karel Neels. Le mémoire de maîtrise honoré du prix Verhulst, par les indéniables qualités dont il témoigne, fait bien augurer des résultats des prochaines recherches et du parcours scientifique de son auteur.

Enfin, le jury a tenu à décerner une mention au mémoire déposé par l’archéologue Marit Van Cant (Vrije Universiteit Brussel), centré sur l’analyse physico-anthropologique (paléodémographie) de populations rurales de la Flandre médiévale, en particulier à Moorsel, comparées à celles de plusieurs régions situées en Europe du Nord-Ouest. La Société démographique francophone de Belgique et la Vereniging voor demografie se réjouissent de constater que la démographie puisse inspirer des spécialistes actifs dans d’autres secteurs des sciences sociales ; de même, elles encouragent les démographes à élargir leur champ d’investigation vers des disciplines voisines par la pratique de regards croisés. La remise du prix a été précédée de deux exposés traitant de « Guerre et démographie ». Le choix du thème allait de soi à la veille des commémorations du début de la Première Guerre mondiale. Il y a un siècle en effet, la population belge fut entraînée dans un conflit long de quatre années, qui se déroula pour une part notable sur le sol national. Cette guerre fut marquante à plus d’un titre. Non seulement elle fut fatale à quantité d’êtres humains en Belgique et ailleurs, mais en outre, elle inaugura une manière « industrielle » de combattre qui aggrava les pertes civiles et militaires. Or, paradoxalement, les répercussions de la Grande Guerre à l’égard de l’évolution démographique de la Belgique demeurent encore trop peu connues. Pareille lacune est particulièrement préjudiciable, puisqu’elle nous laisse dans l’ignorance d’une dimension essentielle d’un événement inédit par son ampleur. Cette situation a incité André Lambert (Association pour le développement de la recherche appliquée en sciences sociales – ADRASS) à mesurer l’impact réel de la Première Guerre mondiale sur la population belge, aussi bien sous l’angle de la fécondité que sous celui de la mortalité ou des mouvements migratoires. Ensuite, Helge Brunborg (Statistics Norway), fort  d’une expertise reconnue en la matière, a évoqué la problématique générale de la démographie des conflits dans le monde et indiqué sources et procédés au moyen desquels il est possible d’évaluer de manière crédible le nombre des victimes par faits et crimes de guerre perpétrés lors d’affrontements contemporains, dont les présumés responsables ont à répondre aujourd’hui devant des cours internationales.